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Interview de Octave Bory-Bert, CEO de Melusyn

publié le 3 mai 2016 à 02:01 par Alexandre Landeau

Bonjour Octave, pouvez-vous nous expliquer en quelques mots ce que fait Melusyn ?

Alors chez Melusyn, nous avons mis au point un logiciel en ligne (Saas) de gestion de projet pour la production cinématographique et la télévision. Le logiciel s’intéresse aux soucis de production, souvent complexes, s’attachant à la production et réalisation de publicités (à l’étranger notamment), de films et de séries.

Les fonctionnalités du logiciel – dont le nom est devenu définitivement Setkeeper - intègrent gestion de régie, production, échange de documents (scénarios) de façon sécurisée, feuilles de services etc.

Comment l’idée vous est venue ?

Alexandre Péron et moi sommes deux anciens élèves de la chaire média & entertainment de l’ESSEC. Nous étions donc déjà très intéressés par les problématiques touchant au secteur de l’audiovisuel.

L’idée de Melusyn est venue d’un constat de base : il n’existait pas de logiciel de gestion de projet dans cette verticale. Il en existait pour la composition musicale, pour d’autres industries, mais pas dans l’audiovisuel. Notre idée était donc d’apporter une expertise technologique et une connaissance du monde du numérique/digital sur une verticale métier audiovisuel.

Nous avons travaillé pendant de nombreux mois au contact direct de professionnels du monde de cinéma (réalisateurs, producteurs, décorateurs, costumiers…) afin de préciser le besoin et de définir une offre pertinente.

Pouvez-vous nous citer quelques exemples de projets qui ont utilisé le logiciel mis au point par Melusyn ?

Tout simplement la dernière Palme d’or : Dheephan de Jacques Audiard, dont la production a utilisé notre produit ! Nous en sommes très fiers. Maintenant on pourra dire que Melusyn fait des palmes d’or [rires]. Cela nous a permis un véritable boom de visibilité, très salutaire pour convertir de nouveaux clients B2B, notamment internationaux.

Justement, dites-nous en un peu plus à propos des clients auxquels vous vous adressez. Quel est votre business model ?

Alors, nous concédons des licences à l’année (formule plus personnalisée) ou au projet (formule sans frais d’entrée), le tout en ligne, pour des montants autour de plusieurs milliers d’euros. Le processus d’inscription est désormais industrialisé et les offres calibrées, mais nous faisons parfois des ajustements en fonction des besoins.

Melusyn vient de lever 580.000 € auprès du fonds Capdecisif Management et de business angels. Félicitations ! Quelles sont les prochaines étapes ? Quels développement sont prévus avec les fonds récoltés ?

Notre priorité est l’embauche de commerciaux et de développeurs pour travailler de plus en plus avec des grands comptes en France et à l’international (Belgique, Europe de l’Est, Maroc etc.) Nous souhaitons également pouvoir financer le développement de nouvelles fonctionnalités.

Vous envisagez de diversifier les usages du logiciel vers d’autres secteurs que la production cinématographique ?

Pour l’instant non. On reste sur notre verticale que l’on maîtrise bien. Mais celui-ci emprunte la logique de la gestion de projet, donc diversifier peut être un relais de croissance dans les prochaines années !

Pensez-vous qu’il est difficile aujourd’hui de lever des fonds quand on est une start-up du secteur des médias – entendu au sens large : musique, cinéma, pure média etc. - ?

Je pense qu’il ne faut pas voir ça comme quelque chose de sectoriel. Je pense que certains organismes ont justement tort de se présenter comme hébergeant des entreprises uniquement dans un secteur.

Ce qui compte – et ce qui a compté pour nous -, c’est d’avoir eu un projet au look industriel, une équipe en béton, des achievements, des partenaires… Peu importe le secteur, les best practices sont les mêmes pour lever des fonds !

Le secteur joue sur le marché, c’est sûr, notamment en ce qui concerne la taille du marché, à laquelle les investisseurs portent une attention particulière. Il est nécessaire de crédibiliser les chiffres par études etc.

Je crois qu’il faut retenir ceci : les fonds et business angels investissent sur un projet industriel avec une plus-value.

Le monde des médias a un côté sexy, sympa, peut faire rêver... mais les gens du secteur se plaignent beaucoup des manques de l’industrie. Il ne faut pas prendre les mêmes mimiques. Nous nous sommes présentés comme une entreprise de logiciels. Le fait d’être lié au secteur des médias nous simplement été une aide, mais nous nous sommes principalement montrés comme un service. D’ailleurs, les investisseurs voient vraiment Melusyn comme un logiciel, faisant des comparaisons avec un logiciel dans un autre secteur par exemple.

Est-ce que le fait que vous génériez déjà du chiffre d’affaires a aidé dans cette recherche de fonds ?

Oui c’est sûr, mais seul le temps nous le dira. Les investisseurs sont frileux, particulièrement en France. Ils ont tendance à investir toujours dans projets qui marchent un peu déjà. Cela peut poser des problèmes dans le sens où le nouveau conseil d’administration (établi post-levée) va du coup beaucoup regarder les chiffres et peut prendre des décisions contre la croissance. Aux États-Unis au contraire, de nombreux investissements ont lieu dans des projets à 0 chiffre d’affaires et sont entièrement laissées libres

Cette tendance en France fait que l’écosystème crée plutôt des entreprises petites ou moyennes que de gros mastodontes du digital. C’est aussi pour ça que notre but est de nous étendre à l’international. C’est la prochaine étape.

Quels pays exactement du coup ?

Aujourd’hui, nous couvrons toute l’Europe, France bien sûr, mais aussi Royaume-Uni, Benelux, Norvège…

Et la Chine ? Le secteur de l’audiovisuel, et notamment de la production de films, y connaît un boom gigantesque...

On y réfléchit, même si c’est compliqué de se lancer sur ce marché, il faut s’associer avec un acteur chinois… Mais c’est l’un des deux marchés possibles avec le marché américain pour lesquels nous prendrons une décision dès cette année. Pour l’instant, nous nous focalisons plutôt sur l’Europe.

Quand prévoyez-vous d’atteindre la rentabilité ?

Notre rentabilité devrait être atteinte entre 2016 et 2017 [pour rappel, Melusyn a été créé en 2013, après avoir commencé son aventure en 2012 à ESSEC Ventures].

Quel a été l’apport de ESSEC Ventures dans votre aventure ?

Ce qui est le plus important dans l’entrepreneuriat, c’est de gagner en crédibilité, à tous les niveaux (clients, investisseurs etc.) C’est un escalier où on marche petit à petit, et qu’il est essentiel de gravir.

ESSEC Ventures est la meilleure première marche à avoir. L’incubateur nous a aidés en nous accompagnant pour les fonctions supports (avocats, conseil etc.), en négociant pour nous des serveurs gratuits avec Amazon, nous avons également reçus de nombreux conseils d’alumnis de l’incubateur…

Il faut toujours chercher à être accompagné par différents partenaires, surtout quand on ne connaît rien à l’écosystème, ce qui était notre cas. Le Camping [aujourd’hui Numa Sprint] nous a également beaucoup apporté.

L’un des gros enjeux aujourd’hui pour les start-up qui se lancent, c’est de trouver son CTO. Comment avez-vous procédé ?

Effectivement, excellente question. Ce “manque” est une conséquence directe de la structure du système éducatif français qui n’offre pas de formation mixte business/développement informatique. C’est le problème n°1. Pour y remédier, avec Alexandre nous sommes allés tous les soirs à un meetup pendant trois mois. Nous étions sortis littéralement tous les soirs. Nous voulions comprendre le discours, et ce même si celui-ci était très compliqué.

Nous avons eu plusieurs échecs jusqu’à trouver la perle rare : Hugo, notre CTO depuis 3 ans. Pour trouver un CTO qui va vraiment s’investir dans votre projet, il faut entreprendre la démarche de trouver un véritable associé, et non un simple stagiaire ou freelance.

Le produit Melusyn a changé de nom pour devenir Setkeeper. Pourquoi ce changement ? Pour viser le marché anglosaxon ?

C’est exactement pour ça. L’entreprise reste Melusyn, mais le produit se retrouve différencié de la marque. Nous nous sommes rappelés nos cours de l’ESSEC sur le branding, avons travaillé avec différentes agences pour trouver un nom qui fonctionne vraiment en anglais, mais aussi sur l’iconographie. Un rebranding, relifting total !

Cette utilisation du nom et l’iconographie associées ont finalement commencé l’an dernier dans les pays anglosaxons, l’offre intégrale est désormais passée sur Setkeeper.

Vous aviez envie de travailler dans le cinéma dès le départ, d’une manière ou d’une autre ?

Notre passion dès le départ était effectivement celle d’accompagnement de médias, et en particulier dans le secteur audiovisuel. Je voyais la révolution actuelle dans les médias due au numérique, un des plus grands changements industriels qui ait eu lieu. J’ai observé ça en me disant “je veux y participer. Je ne veux pas me dire plus tard que je n’en ai pas fait partie.”

Et pourquoi le choix de l’entrepreneuriat pour assouvir cette volonté ?

J’avais envie d’être libre, d’avoir des responsabilités, de travailler en mélangeant plusieurs secteurs.

Vous avez été soutenu tout de suite par votre entourage ?

Très bonne question. C’est le problème 0, encore avant celui de trouver ton associé : être accompagné par ton entourage. Ton entourage doit avoir une certaine compréhension pour les raisons qui te poussent à mener ton projet. Nous avons eu la chance d’avoir des familles qui ont été au minimum compréhensives.

50% des articles sur Melusyn servent à faire plaisir à ma maman [nous entendons des rires venant d’autres personnes à travers le téléphone. Nous en déduisons que cela doit être vrai !]

Dernière question un peu sortie de nulle part, quel est le dernier très bon film que vous avez vu au cinéma ?

Steve Jobs de Danny Boyle. J’ai beaucoup aimé le parti pris très intéressant au niveau du script. Celui avec Ashton Kutcher était “tout pourri”, très linéaire et plat, ayant peu d’intérêt… Pour Steve Jobs, le choix de trois keynotes, dans les coulisses, avant que tout commence est excellent. Tout ceci est soutenu par une réalisation très belle, des acteurs excellents. L’approche permet un attachement au personnage et ses émotions , pour des personnes qui connaissent déjà Steve Jobs. On y voit en effet des aspects complémentaires à celui de l’entrepreneur que l’on connaît. Il y a une véritable étude du personnage à travers la relation père-fille, l’ambition, l’éducation, des thématiques très intéressantes. Je vous le conseille vivement !

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Propos recueillis par Dorian Perron, étudiant à l'ESSEC en MSc 2 et de la chaire Media & Digital (promotion 2016)

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